Nous sommes à 44 jours des élections de mi-mandat du 3 novembre. La Chute Hebdo c’est chaque dimanche et en accès libre votre rendez-vous pour revenir sur l’essentiel de l’actualité politique US. Et vous alerter sur ce qu’il faut suivre dans les prochains jours.
LA MISSION
Depuis la création de La Chute, il y a une question qui me hante au quotidien : comment raconter le système Trump sans se faire piéger ?
Et encore plus depuis le début de son deuxième mandat, où « déverser de la merde » (je cite ici Steve Bannon) est devenue une nécessité pour camoufler les échecs et les travers de l’administration Trump.
Cette volonté de ne pas ajouter du bruit au bruit est, je crois, le cœur de notre mission.
Soyons clairs, nous ne réussissons pas toujours.
Cette semaine par exemple, j’aurais aimé consacrer moins de temps au Kennedy Center.
Mais je voulais explorer notre liberté à couvrir une affaire dans tous ses rebondissements. Ne pas parler d’un sujet parce qu’il a déjà été dans l’actualité un ou deux jours plus tôt est aussi une erreur.
Trump fait également ce pari-là.
LA MACHINE
Mais revenons au bruit, parce que cela a été le thème de cette semaine et, vu les résultats des derniers sondages, cela va être le thème jusqu’au moins le 3 novembre.
Cette semaine donc, au-delà de ses cibles habituelles (le Canada, les juges, l’Iran, les démocrates), Trump s’est attaqué à la Cour suprême, au Kennedy Center donc, et en a remis une couche sur le Groenland.
Créant autour de sa présidence un mur du son que nous devons tenter de percer.
De manière générale, pour ne pas être submergé, gardez une liste en tête.
Celle des cinq sujets qui terrifient Trump et qui justifient toutes ses simagrées :
La guerre en Iran est un échec. Diplomatique, géopolitique, militaire et économique.
Du prix des carburants au retour de l’inflation, les retombées économiques négatives ne font que commencer.
De procédures judiciaires en cours en vote à venir, le fantôme de l’affaire Epstein n’a pas terminé de le hanter.
À 44 jours du 3 novembre, les projections annoncent une défaite historique pour Trump. Dont les conséquences dépasseront un simple changement de majorité.
La corruption de Trump, sa famille, son cabinet, ses alliés et ses amis est sans précédent dans l’histoire américaine. Et nous ne connaissons que le sommet de la partie visible de l’iceberg.
Ces cinq points sont votre repère dans le brouhaha actuel.
Si Trump explose, vocifère, insulte… vous pouvez être certain qu’au même moment notre attention devrait être braquée sur au moins un de ces éléments.
SCOOP EN STOCK
Et donc, il faut absolument parler des raisons qui se cachent derrière l’interdiction des journalistes de CNN, MS NOW et Politico à la Maison-Blanche.
Vendredi aurait dû être la pire journée de la présidence Trump. Du genre à faire tomber son administration. À lancer des procédures de destitution.
À la place, elle a été le premier acte d’une farce dont le deuxième s’est déroulé samedi.
Une farce, conçue, jouée et mise en scène par Donald Trump.
Vendredi donc, la Maison-Blanche savait que la fin de semaine s’annonçait compliquée.
Dans la semaine, le prix du diesel avait dépassé les six dollars, JD Vance avait été obligé de partir faire campagne en Iowa après un passage au Kansas et les derniers sondages du fidèle Fabrizio étaient catastrophiques.
Mais vendredi allait être pire.
La veille, CNN, Politico, MS NOW, le Washington Post et Bloomberg avaient contacté la Maison-Blanche pour avoir une réaction aux scoops qu’ils allaient publier.
CNN allait révéler que les USA avaient failli déclencher un accident majeur en prenant d’assaut un navire chinois, persuadés qu’il y avait à bord du matériel pour construire une arme nucléaire.
Dans la réalité ? Une erreur d’analyse de l’IA utilisée par le Pentagone.
Politico racontait comment les USA étaient à la recherche depuis plusieurs mois de pièces de F-35 qui avaient disparu à Hong Kong malgré leur classification Top Secret.
Dans un autre style, le scoop de MS NOW concernait les élections de midterms et comment le DOJ de Todd Blanche se prépare à jouer la carte de la fraude.
Le Post ? Un scandale d’État : le Pentagone ment sur le bilan humain de la guerre en Iran et cache la mort de plusieurs soldats américains.
Bloomberg de son côté dévoilait la chaîne d’erreurs — dont celles de l’IA — qui avait précédé le bombardement US d’une école à Minab, en Iran, et entraîné la mort de 123 enfants.
PREMIER RÔLE
Comme je vous l’ai dit, la journée de vendredi devait être la pire de Trump 2.0 et nécessitait donc une « réponse » à la hauteur afin de faire passer ces scandales au second plan.
Donald Trump connaît parfaitement l’univers des médias US. Il sait que le sujet préféré des rédactions et des plateaux est… eux-mêmes.
Et que s’il les plaçait dans la lumière, leur offrant la possibilité d’être à la fois héros et victimes, ils ne parleraient de rien d’autre.
C’est exactement ce qui est arrivé. Son annonce d’interdiction de certains médias, juste avant de les inviter en direct dans le Bureau ovale — sacré timing ! — a occupé tout l’espace.
Attention, je ne dis pas que la décision n’est pas scandaleuse et digne des aspirations totalitaires de Trump, mais ce n’est pas l’histoire.
L’histoire, et c’est vraiment la seule que vous devez retenir de cette semaine, c’est que les médias ne sont toujours pas à la hauteur du péril orange.
Que depuis 48 heures, les cinq scoops de vendredi devraient être de partout et tout le temps.
Mais on préfère tourner en boucle sur le témoignage d’une journaliste qui samedi n’a pas pu rentrer à la Maison-Blanche.
D’où ma question quotidienne de comment ne pas se faire piéger par Trump.
DEMANDEZ LE PROGRAMME !
Avant de conclure et de se retrouver dans la semaine avec un papier sur mon premier meeting Trump, quelques sujets en bref à surveiller :
L’Iran et plus particulièrement le Yémen. Samedi, réunion à Camp David sur la possible réponse militaire US, avec en arrière-plan la crise pétrolière et la pression des très généreux Saoudiens.
Semaine à coloration internationale : l’ONU en début de semaine puis la visite de Xi à Washington.
Mardi, Kamala Harris entre dans la campagne en venant soutenir Abdul El-Sayed dans le Michigan. Étape prochaine aussi dans le Nevada pour aider Aaron Ford contre le gouverneur Lombardo. On surveillera tout ça en pensant fort à 2028.
Le chiffre de la semaine sera… 90. Comme les chances minimum des démocrates de gagner la majorité à la Chambre. The Economist et Fifty Plus One (97 %) ont déjà mis à jour leurs modèles, les autres vont suivre.
Le drapeau blanc des républicains qui vont officiellement abandonner la Caroline du Nord et la Géorgie pour concentrer leurs ressources financières sur d’autres États menacés où tout est encore possible.
Les deux dossiers en cours pour interdire la présence d’ICE dans les bureaux de vote.
Moralité ? Ce n’est pas la semaine prochaine que l’on va arrêter de se poser des questions. Et de tenter de vous donner des réponses. Des vraies.
William Reymond - 20 septembre 2026







Bravo, dans le brouillard de la guerre contre la démocratie créé par Trump il faut des phares puissant pour se concentrer sur l’essentiel
Merci William pour cet éclairage